Lettre ouverte aux acteurs du monde artistique et culturel

Dans le cadre de la préparation des élections régionales, vous avez fait un travail important de diagnostic et de propositions sous la forme d’un livre blanc présenté à Amiens le 28 septembre dernier.

Notre candidate, tête de liste, Sandrine Rousseau était présente à cette manifestation et a été très impressionnée par le travail réalisé et l’implication comme l’engagement des acteurs du monde artistique et culturel de notre nouvelle région Nord Pas de Calais – Picardie.

Des propositions ont été faites ce jour-là, d’autres seront dans le document de communication du programme mais nous souhaitions détailler pour vous le projet de notre rassemblement en matière de travail artistique et culturel dans notre région.
Nous souhaitons ainsi répondre aux questions légitimes posées dans le livre blanc, et développer la cohérence de nos propositions dans le cadre du projet pour une région Citoyenne, Écologique et Solidaire que nous portons dans cette élection.
En préambule, il nous apparaît important de citer la déclaration de l’Unesco sur les droits culturels qui doit nous inspirer

« La culture prend des formes diverses à travers le temps et l’espace. Cette diversité s’incarne dans l’originalité et la pluralité des identités qui caractérisent les groupes et les sociétés composant l’humanité. Source d’échanges, d’innovation et de créativité, la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire que l’est la biodiversité dans l’ordre du vivant. En ce sens, elle constitue le patrimoine commun de l’humanité et elle doit être reconnue et affirmée au bénéfice des générations présentes et des générations futures.
Dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il est indispensable d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques. Des politiques favorisant l’intégration et la participation de tous les citoyens sont garantes de la cohésion sociale, de la vitalité de la société civile et de la paix. Ainsi défini, le pluralisme culturel constitue la réponse politique au fait de la diversité culturelle. Indissociable d’un cadre démocratique, le pluralisme culturel est propice aux échanges culturels et à l’épanouissement des capacités créatrices qui nourrissent la vie publique. »

En référence à cette déclaration de l’Unesco sur les droits culturels, nous affirmons donc que ce travail artistique et culturel, fait humanité et, qu’à ce titre, il participe au développement social, humain, économique et territorial. L’art et la culture ne sont pas des « outils » de l’attractivité économique, ils sont des biens communs au service de l’intérêt général. Nous reprenons en ce sens ce que vous dites dans votre livre blanc « Les artistes et les acteurs culturels sont attachés aux principes de liberté et de diversité de création, à l’égalité d’accès à la culture et à l’égalité des territoires. Une politique ambitieuse pour la nouvelle grande région ne peut se construire sans eux »

En réponse à vos questions précises sur le financement de l’année 2016 et sur les politiques qui seront mises en place, nous vous confirmons ce que disait Sandrine Rousseau le 28 septembre : Les financements aux projets artistiques et culturels seront garantis en 2016 et nous mettrons en œuvre une Conférence permanente régionale du développement artistique et culturel, réunissant l’ensemble des acteurs impliqués afin d’élaborer ensemble un projet commun à partir de votre livre blanc et des propositions que nous faisons dans cette campagne. Cette politique devra être ambitieuse pour répondre aux défis qui nous sont posés, nous proposerons donc une augmentation des budgets dédiés aux politiques artistiques et culturelles, comme une priorité du prochain mandat régional.

Ce projet commun partira d’un diagnostic partagé: nos régions se sont investies dans le financement de la culture et du travail artistique mais en mélangeant de plus en plus souvent politique culturelle et marketing territorial. Les grands événements culturels et la construction de grands équipements « hors-sol » sont contradictoires avec l’égalité des territoires. Ils entrent aussi en contradiction avec l’équilibre des financements sur l’ensemble de la région. Beaucoup de choses ont été faites, mais beaucoup de territoires ne sont pas soutenus. Cette concentration des moyens en Nord Pas De Calais dans les grandes villes n’a pas permis de soutenir dans la durée les initiatives des villes moyennes ou des équipes et artistes indépendants.

Nous voulons sortir de la concurrence entre les citoyens et les territoires, pour construire une région qui fait de la coopération le fondement de l’action publique et qui porte au cœur de son projet l’émancipation des citoyens. Cela s’incarnera dans des politiques d’égalité des personnes mais aussi d’égalité des territoires. Cette fusion doit être l’opportunité d’en finir avec une région à deux ou trois vitesses.

Enfin, nous nous ne contenterons plus de vivre ensemble, les uns à côté des autres, les uns contre les autres. Nous voulons une région où les citoyens font ensemble, se mêlent à nouveau de ce qui les regarde.

Nos solutions
Nous défendrons les droits culturels tels que définis par l’Unesco. A ce titre, nous soutiendrons les projets favorisant l’intégration, la participation de tous les citoyens et la diversité culturelle.

Nous rétablirons une égalité des territoires en soutenant de manière pérenne les projets des villes et villages comme ceux des artistes et équipes indépendantes. Nous prioriserons le maillage culturel du territoire avec l’idée d’un service public pour une culture de proximité en développant les aides aux lieux alternatifs, à la résidence et aux projets locaux.

Nous accompagnerons et contractualiserons avec les collectivités locales et territoriales pour garantir l’accès au haut débit internet pour tous.

Nous favoriserons la vie associative et les initiatives des artistes ou des équipes indépendantes en simplifiant les démarches administratives, en développant le fond de garantie pour les associations en difficulté. Ce fond deviendra un fond solidaire, c’est à dire qu’il sera géré par l’ensemble des acteurs ( structures, artistes, collectivités, banques coopératives), les aides étant attribuées par une commission paritaire d’étude des dossiers. Nous mettrons fin à l’impératif de cofinancement (avec contrainte de taux maximum pour la région) tous en défendant les financements croisés qui permettent d’enrichir les projets et de sécuriser les associations.

Nous compenserons la disparition des emplois solidaires en Picardie, par une aide spécifique et pérenne liée au développement des emplois artistiques et culturels.
Nous renforcerons l’enseignement artistique en multipliant les résidences d’artistes dans les établissements scolaires, et en soutenant des lieux de travail artistique dans des lycées ouverts sur la cité.

Nous limiterons les appels à projet. Nous généraliserons le conventionnement triennal, autour d’objectifs fixés en dialogue avec les acteurs culturels pour un travail artistique et culturel durable sur les territoires.

Nous prendrons en compte la diversité des pratiques culturelles et artistiques de notre nouvelle grande Région. Nous soutiendrons la connaissance et l’enseignement des langues régionales comme le Flamand et le Picard.

Pour les Arts plastiques, nous renforcerons les bourses d’aides à la création pour les plasticiens avec une attention particulière pour une diversité des disciplines. Nous soutiendrons les initiatives ayant pour but de rassembler et de valoriser les œuvres et leurs auteurs. Nous accompagnerons la volonté de structuration et de professionnalisation en développant des lieux dédiés à la création contemporaine. Nous favoriserons la présence et la circulation des artistes-auteurs. Nous soutiendrons la création, la médiation et l’éducation artistique, dans une démarche d’aménagement du territoire qui permettra à la fois la proximité et l’ouverture sur des échanges interrégionaux.

Pour le cinéma et l’audiovisuel, nous redéfinirons les missions et les finalités du fond d’aide à la production et des modes de soutien à la filière audiovisuelle. Nous soutiendrons les formations et les dynamiques de création audiovisuelle, cinématographique et numérique, qui proposent aujourd’hui de nouveaux métiers et créent des emplois. Nous voulons retrouver des équilibres entre la qualité artistique et l’efficacité économique. Nous développerons les dispositifs de soutien aux salles indépendantes, aux circuits de cinéma itinérant, aux projections dans des équipements de proximité et aux actions culturelles de sensibilisation et d’éducation à l’image.

Pour le livre et la lecture, nous développerons les résidences des écrivains en région, en accompagnant les structures qui les organisent avec une « bourse de territoire ». Nous soutiendrons l’édition indépendante et nous permettrons aux librairies indépendantes d’accéder aux marchés publics. Nous les associerons, comme acteurs privilégiés, à nos politiques de lutte contre l’illettrisme et d’élargissement des publics lecteurs.

Musiques actuelles, nous développerons les lieux dédiés aux musiques actuelles qui favorisent l’émergence, la création et la diversité des pratiques musicales. Nous encouragerons la coopération entre les acteurs en soutenant la structuration et la professionnalisation du secteur. Nous accompagnerons les initiatives et expérimentations qui proposeront de répondre aux questions d’emploi et aux enjeux artistiques et de développement culturel.

Spectacle vivant : nous développerons, comme cela a été commencé en Picardie, un plan de présence artistique et culturelle dans les lycées, afin que que chaque lycéen puisse rencontrer un artiste durant son cursus. Nous développerons les aides à la création, à la résidence et à l’implantation, de façon à favoriser un maillage du territoire (notamment rural), avec la création de lieux de travail artistique par des artistes, équipes indépendantes ou collectivités.

L’ensemble de ces propositions ne pourra être mises en œuvre que par des choix financiers et une priorité donnée à un développement durable et pérenne et l’abandon d’événements coûteux tenant plus de la communication de l’institution que du travail artistique et culturel.

Sandrine Rousseau
Candidate du Rassemblement “Choisir une région citoyenne, écologique et solidaire”

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