Lettre ouverte aux associations environnementales

L’extinction de la biodiversité et les émissions massives de gaz à effet de serre (carbone, méthane…) menacent directement nos conditions de vie sur la planète. Notre région n’est pas à l’abri : notre santé, notre économie, notre forêt, nos factures énergétiques, les territoires, notre urbanisme sont déjà sous pression. Les coûts humains et sociaux liés à la dégradation de l’environnement augmentent considérablement et touchent inégalement les populations, selon leur origine sociale et géographique. Alors que l’espérance de vie en bonne santé régresse, le coût de la pollution, s’il est économique, est surtout sanitaire. Dans une région où la pollution de l’air coûte à chaque habitant entre 6 mois et un an d’espérance de vie, il est urgent d’offrir un cadre de vie plus sain à chaque citoyen sans distinction.

La lutte contre le dérèglement climatique se fait chaque jour plus nécessaire. Notre région est très exposée aux aléas climatiques, aux îlots de chaleur, au gonflement ou retrait d’argiles, à l’érosion des côtes et au risque de submersion marine. La montée des eaux est un enjeu majeur en Nord Pas de Calais – Picardie où de larges parties de nos terres sont situées en dessous du niveau de la mer. Ajoutons à cela les risques technologiques d’un territoire très artificialisé : présence de la centrale nucléaire de Gravelines, d’industries polluantes, de plus de 140 sites Seveso, risque d’exploitation des gaz de couche : le cocktail est explosif. Il est urgent de faire de notre région une terre d’innovation dans la lutte contre le dérèglement climatique et d’adaptation aux conséquences déjà en cours.

La biodiversité constitue le tissu vivant de notre planète et la nature nous fournit gratuitement un nombre considérable de services. Les dégâts causés aux écosystèmes par l’activité humaine risquent pourtant d’être irréversibles : effondrement des ressources marines, appauvrissement et érosion des sols, disparition des abeilles et des pollinisateurs… L’état d’urgence doit être déclaré. Il faut réorienter en profondeur les politiques publiques en y intégrant systématiquement la biodiversité, notamment dans les infrastructures de transport, l’urbanisme, l’agriculture, l’eau… La région Nord-Pas-de-Calais est la moins boisée de France, avec seulement 9% de sa surface. La Picardie fait un peu mieux avec 16%, mais reste loin de la moyenne nationale de 30% ! Il ne s’agit pas d’un objectif de reforestation, mais un indicateur, parmi tant d’autres, de l’état de notre patrimoine commun, la nature. Les seules politiques de préservation des espaces et milieux remarquables ne seront plus suffisantes. Nous accorderons la même attention à la nature ordinaire de nos villes, de nos campagnes, de nos rues et de nos jardins. La nature à proximité de chez soi est non seulement nécessaire et utile, mais c’est un droit ! Nous avons vidé le coffre, trop d’espaces et d’espèces ont disparu. Nous devons les retrouver, recapitaliser notre région, sur terre et en mer.

Nos propositions :

• Réduire drastiquement les gaz à effets de serre

La Région amplifiera sa politique de sobriété, de réduction des consommations énergétiques et de développement des énergies renouvelables. La transition énergétique permettrait la création de 60.000 emplois à l’horizon 2050.

Économiser l’énergie : 30 000 emplois d’ici 2050, éradication de la précarité énergétique.
Rénover et isoler les maisons et les immeubles, construire des bâtiments très économes, utiliser du bois élevé et transformé dans notre région… Toutes ces solutions permettent non seulement de faire de considérables économies mais aussi de créer des emplois durables et non-délocalisables pour les habitants de la région. Plus de 2 millions de logements doivent être réhabilités énergétiquement : deux réhabilitations créent un emploi, c’est donc plus de 30000 emplois qui peuvent être créés entre aujourd’hui et 2050. Le tiers-financement calé sur les économies d’énergies réalisées permettra des réhabilitations financièrement neutres.

Développer les énergies renouvelables

Les éoliennes implantées en mer, le chauffage grâce au bois local ou à d’autres déchets agricoles locaux valorisés et la production d’électricité photovoltaïque représentent des filières d’avenir. Ces filières sont porteuses de nombreux emplois pour les habitants du Nord-Pas de Calais-Picardie, si elles ne sont pas au service de projets démesurés.
La géothermie, basse température ou sur eaux de mines, sera développée.

La création d’une filière de démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie permettra de répondre non seulement au risque de submersion qui menace Gravelines avec le dérèglement climatique, mais aussi de développer une filière et un savoir-faire à fort potentiel en France et à l’international.

L’investissement dans la production d’énergies renouvelables sera participatif et coopératif, au profit des habitants, des territoires et de leur développement.

Lancer un plan régional de transition écologique de l’industrie :

La recherche et l’innovation régionales seront massivement soutenues pour diminuer les consommations énergétiques et les déchets grâce à l’éco-conception et au recyclage.
Un fonds public régional d’investissement sera créé pour la transition et la relocalisation des activités industrielles.

Mettre en place un conseil régional de l’air
Nous créerons une instance décisionnaire avec les différentes collectivités de l’Euro-région capable de réagir très vite en cas de pic de pollution. Cette instance prendra des décisions afin de faire régresser les pics de pollution.
Développer les actions d’éducation et de sensibilisation
Nous développerons la formation à la santé environnementale, à une alimentation saine et à la prévention des risques notamment dans le champ de la médecine du travail, en relation avec les CHSCT (Comité hygiène sécurité et conditions de travail).
Lutte contre le gaspillage alimentaire
Un tiers des productions alimentaires sont jetées. Il faut sensibiliser à la réduction des déchets alimentaires, notamment dans les lycées mais bien sûr sur l’ensemble de la chaîne production-consommation.
• Vers une région débarrassée de ses pollutions
Interdire les OGM et les gaz de couche
Nous ferons de la Région une zone hors OGM et hors gaz de couche.
Risques électromagnétiques et électrosensibilité
Nous nous opposerons aux lignes à très haute tension et privilégierons les réseaux filaires au wifi.

Lutter contre les perturbateurs endocriniens

Nous développerons la prévention et favoriserons la recherche dans ce domaine.
S’appuyer sur les Points Environnement Conseil (PEC)

Nous accompagnerons les particuliers face aux enjeux de santé environnementale (OGM, perturbateurs endocriniens, ondes électromagnétiques…)

• Le sol est une ressource très limitée, nous devons stopper sa dégradation
Pollution, érosion, bétonisation, le sol n’en finit plus d’agoniser. Nous listerons les zones prioritaires de protection et de réhabilitation, nous modifierons les pratiques agricoles et sylvicoles inadéquates, empêcherons les impacts de l’expansion urbaine, industrielle et des « grands travaux ». Nous tendrons vers une région zéro pollution pour permettre aux sols de remplir leurs services écologiques et agricoles.
• Nous préserverons et restaurerons la nature et les services qu’elle fournit
Les Parcs Naturels Régionaux, dont la première mission est de protéger et valoriser le patrimoine naturel, culturel et paysager, seront soutenus comme la création du PNR de la Baie de Somme Trois Vallées.

Biodiversités remarquable et ordinaire seront une priorité

Une Agence régionale de la biodiversité sera créée.

Nous soutiendrons la réintroduction des espèces régionales disparues (comme le castor ou la loutre), la restauration et la préservation des milieux et des espèces, ordinaires ou remarquables.

Nature en ville

Nous redonnerons toute sa place à la nature en ville et aux services qu’elle fournit : isolation des bâtiments, régulation hydrique et et thermique, épuration de l’air, lieux de loisir, de détente et de découverte, contribution à la Trame Verte et Bleue…

Nous développerons la recherche régionale pour proposer des solutions innovantes adaptées aux territoires (traitement phonique et thermique, agriculture urbaine, qualité de l’air…)

Littoral et polders

Nous créerons un observatoire européen du trait de côte du détroit du Pas-de-Calais (Manche / Mer du Nord) avec la Normandie, la Flandre et le Kent.

Construire des digues ne suffit pas à répondre à la hausse du niveau de la mer et au risque de submersion marine. Nous devons reconstruire des barrières naturelles (dunes) et repenser l’aménagement de ce territoire.

Nous travaillerons avec les intercommunalités pour rénover les wateringues en nous appuyant sur le génie végétal (plantation de haies et d’arbres par exemple).
Accélérer la Trame Verte et Bleue, le Plan Forêt régional

Nous poursuivrons le développement de la Trame Verte et Bleue, le reboisement et sacraliserons les zones humides naturelles régionales. Nous continuerons de développer les Réserves Naturelles Régionales. Nous accompagnerons les territoires dans la mise en œuvre du Schéma Régional de Cohérence Ecologique.

Nous lancerons un plan de reconquête écologique des espaces dégradés sur l’ensemble des friches industrielles de la grande région.

• Amplifier le plan de lutte contre l’artificialisation
Nous protégerons les espaces naturels et les productions agricoles de proximité.
• Suspendre toute subvention aux fermes-usines et à l’élevage industriel
Nous lutterons contre des techniques de productions indignes et soutiendrons des formes d’élevages respectueuses du bien-être animal

Nous sortirons du modèle de développement qui, promesses après promesses, a échoué.
Notre région a accumulé les autoroutes (avec 2 fois plus de routes que la moyenne nationale), les industries polluantes, et a subi l’éradication des zones humides et de la forêt. Elle subit encore un trop plein de biocides, d’agriculture intensive, d’artificialisation. Et pourtant, le chômage n’a eu de cesse d’augmenter et les indicateurs sociaux et sanitaires de passer du rouge au cramoisi. Et certains en veulent encore : poursuite du nucléaire, extraction des dernières gouttes de gaz dans les dernières couches de charbon, suppression des normes environnementales dans l’agriculture ou l’urbanisme.

Si notre région ne peut résoudre à elle seule les crises planétaire, biodiversitaire et climatique, elle peut contribuer à leur résolution. Cette contribution permettra de nous adapter au dérèglement déjà en cours, et sera aussi une source de création d’emplois de qualité, durables et non délocalisables. Il ne s’agit pas de quelques emplois, mais de plusieurs dizaines de milliers : dans la réhabilitation énergétique des logements et des bâtiments, dans la production d’énergie renouvelable, dans l’agro-écologie, dans l’économie circulaire et de la fonctionnalité, dans le génie écologique, dans l’éco-tourisme…

Sandrine Rousseau
Candidate du Rassemblement “Choisir une région citoyenne, écologique et solidaire”

Publicités