Lettre ouverte aux agriculteurs

À l’occasion des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, les militants Nord-Pas de Calais Picardie d’Europe écologie Les Verts, du Parti de Gauche-Front de Gauche, de Nouvelle Donne, de la Nouvelle Gauche Socialiste et de plusieurs collectifs de citoyens, ont décidé de se rassembler pour construire une alternative citoyenne, écologiste et solidaire pour notre région.

Notre projet est construit par et pour les habitants de la nouvelle grande région.

10 forums participatifs ont été organisés, et ont permis de recueillir plus de 850 propositions à partir desquelles nous avons élaboré notre programme.

Cette lettre ouverte que nous vous adressons aujourd’hui nous donne l’occasion de détailler les propositions de notre programme en terme d’agriculture.

L’agriculture a une place à part dans notre développement économique : elle façonne les paysages et définit nos habitudes culturelles et alimentaires. Les modes de production ont des impacts conséquents sur nos modes de vie, notre environnement, notre santé, nos territoires.

Nous sommes, au Rassemblement, attaché à la défense de l’agriculture et des agriculteurs : une agriculture nourricière, une agriculture respectueuse de l’homme, de l’animal et de son environnement.

Notre nouvelle région est une des premières régions agricoles françaises, mais notre agriculture est aussi parmi les plus industrialisées. Nous voulons promouvoir partout sur le territoire une agriculture diversifiée, une agriculture locale, une agriculture pour nourrir l’humain, pas une agriculture de l’export. Les citoyens veulent retrouver un lien à l’alimentation, jusque-là érodé par les modes de production industriels.

Les crises successives, du blé, de l’élevage porcin, de la filière laitière, doivent poser questions. Le modèle agricole imposé durant la seconde moitié du XXème siècle s’enraye. Ce n’est pas en défiscalisant, en produisant toujours plus à des prix toujours plus bas des produits d’une qualité toujours plus médiocre, que nous règlerons les problèmes que connaissent les agriculteurs aujourd’hui.

Les mutations de l’agriculture et de l’agro-alimentaire auxquels nous assistons, nous imposent de reconsidérer nos modes de production et de consommation. Nous voulons accompagner l’évolution de l’ensemble de notre système alimentaire vers plus de durabilité, de maîtrise et d’emplois au bénéfice des agriculteurs, entrepreneurs et habitants de notre région. En ce sens, nous nous opposons fermement au développement d’une industrie agricole délétère et à la multiplication des projets absurdes tels que les fermes-usines qui sont des lieux de souffrances extrêmes, pour les animaux comme pour les hommes.

Repenser notre modèle agricole, c’est relocaliser nos systèmes alimentaires, par le renforcement des capacités des entreprises régionales à s’approvisionner, transformer localement, et construire des filières plus équitables, permettant ainsi la création de valeur ajoutée dans nos territoires. Et ce n’est pas un doux rêve. Une étude de la New Economic Foundation (think tank anglais) montre que deux fois plus d’argent est injecté dans le territoire lorsque les systèmes alimentaires sont localisés que dans les circuits classiques.

Nous soutiendrons les projets de circuits alimentaires de proximité associant le plus grand nombre d’acteurs. Nous étendrons l’expérimentation des Caap Agglo (Contrats d’Agriculture et d’Alimentation Périurbaines) menée avec les agglomérations en Nord-Pas de Calais.

En matière d’agriculture biologique, nous poursuivrons les dynamiques lancées pour une meilleure structuration des filières, en s’appuyant sur les acteurs économiques pour faire progresser les surfaces et passer de 1% aujourd’hui à 10% de notre SAU en bio d’ici la fin du mandat. Le Bio c’est 2 fois plus d’emplois que le conventionnel. Il est impératif dans notre région, où le taux de chômage est le plus élevé de France, de le développer !

Nous mobiliserons également les marchés publics régionaux pour faire effet leviers sur la demande (avec la restauration collective en lycées notamment). Nous accompagnerons également les agriculteurs techniquement et humainement, en faisant se rencontrer les porteurs de projets et les personnes ressources.

Un nouvel équilibre entre filières longues et courtes doit se construire. Il permettra de renforcer le secteur agro-alimentaire dans sa diversifié et sa compétitivité. Nous accompagnerons les entreprises de l’agro-alimentaire dans leur évolution vers davantage de durabilité, d’emplois locaux et d’autonomie, pour une relocalisation du système alimentaire.

Le renouvellement des générations en agriculture et l’accès au métier sont des enjeux cruciaux pour notre région. C’est pourquoi nous continuerons à faire de l’installation agricole l’une de nos priorités. Forts des résultats du Programme Régional à la Création Transmission en Agriculture (PRCTA), initié depuis 2010 en Nord-Pas de Calais, nous déploierons et amplifierons ce programme à l’ensemble de la nouvelle grande région.

Au niveau européen, la Politique Agricole Commune doit encore progresser vers une plus juste et plus équitable répartition des aides. Le verdissement doit être renforcé, pour répondre davantage aux enjeux actuels. Les services environnementaux rendus par les surfaces en herbe doivent par exemple être davantage valorisées. Un rééquilibrage des aides en faveur des prairies doit être impulsé.

Il est également urgent de reconsidérer au niveau européen les petites fermes qui doivent bénéficier d’un réel statut et d’une meilleure reconnaissance.

En matière environnementale, nous consacrerons nos efforts à impulser et accompagner le changement de pratiques vers des pratiques durables, respectueuses de l’environnement. Nous nous opposerons résolument à l’utilisation déraisonnés de pesticides qui tuent à petit feu les populations et notre environnement. Nous ne cèderons aucunement aux lobbies agrochimiques quand certains candidats veulent rétablir l’épandage aérien: un véritable désastre écologique.

Nous déploierons le Plan agro-environnemental à l’échelle de la nouvelle région, en nous appuyant sur des mesures agro-environnementales, sur l’agro-foresterie, sur toutes les techniques issues de l’agro-écologie et sur les expérimentations collectives comme les GIEE.

Nous soutiendrons les organismes de recherche-développement pour démultiplier les expérimentations en la matière, diffuser et vulgariser les nouvelles techniques, et accompagner les agriculteurs dans le changement de pratiques via des démonstrations, des formations …

La diversification des exploitations agricoles sera au cœur de notre politique agricole. Elle constitue l’une des voies d’accroissement de la valeur ajoutée dans les fermes et du revenu des agriculteurs. Elle est également facteur de lien social et de coopération notamment via les projets collectifs auxquels nous serons très attentifs.

Nous soutiendrons la diversification à travers le financement de projets (paniers, points de vente à la ferme, magasins collectifs, marchés fermiers, AMAP, accueil pédagogiques, services …) et d’outils de transformation et de distribution qui valorisent les productions agricoles régionales (abattoir multi espèces, conserverie, légumerie, ateliers de découpe, fromagerie …) et les circuits alimentaires de proximité.

Nous apporterons notre soutien aux associations et structures qui accompagnent les porteurs de projets dans ces domaines. Enfin, nous accompagnerons les territoires qui portent des projets de relocalisation des systèmes alimentaires, synonymes de diversification.

La lutte contre la périurbanisation constitue un enjeu majeur dans notre région, très artificialisée. Grâce à notre action en Nord-Pas de Calais nous avons réussi à infléchir la tendance lourde à la consommation de terres agricoles au profit d’une densification urbaine observée ces dernières décennies. Nous poursuivrons sur cette voie en privilégiant le maintien des terres agricoles en particulier en zones urbaines et périurbaines. Nous soutiendrons une urbanisation économe et raisonnée. Notre politique foncière s’attachera à répondre à la problématique de l’indépendance alimentaire, pour nourrir localement les villes, demain.

Nous soutiendrons et encouragerons finalement les groupements de producteurs, les PME et les territoires dans leurs démarches de développement de signes officiel de qualité. Les marques régionales seront incitées à s’engager dans des démarches de progrès vers une plus grande proximité des filières et le recours à un approvisionnement régional des entreprises, vers les systèmes qualité, dans la voie de l’efficacité énergétique.

Tous ces engagements accompagneront une mutation des pratiques agricoles que nous construirons avec les agriculteurs et les instances agricoles (syndicats, interprofessions, chambres d’agriculture, associations), pour faire de l’agriculture une solution, un facteur de bien être pour les agriculteurs, les consommateurs et les riverains.

Sandrine Rousseau
Candidate du Rassemblement “Choisir une région citoyenne, écologique et solidaire”

 

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