Délibération 150 sur les rythmes scolaires

CONSEIL MUNICIPAL de ROUBAIX – 11 avril 2013

Cette délibération est la première qui nous est soumise pour l’application du décret de janvier 2013 relatif à l’organisation de la semaine scolaire et elle vise à valider une proposition que la ville soumet à la décision de la Direction Départementale de l’Education Nationale.
J’aimerai au préalable faire quelques rappels.
D’abord l’organisation de la semaine est un élément des rythmes scolaires mais ce n’est pas le seul, le second étant l’organisation de l’année, les vacances.
Ensuite, si les chrono biologistes ont pu définir ce que pourraient être de bons rythmes scolaires dans l’intérêt de l’enfant, sa capacité à apprendre et sa fatigue, la question ne se résume pas à cela.
Il y a aussi la qualité de ce qui se passe dans le temps scolaire – contenu, programme, pédagogie, moyens, car c’est l’échec qui fatigue – et ce qui se passe dans le temps familial – loisirs, sommeil, car ce qui fatigue le plus, c’est encore le manque de sommeil -.
Enfin, il y a la relation de la société avec l’école, avec l’enfant.
Les décisions prises en cette matière l’ont d’abord été selon les besoins que la société avait de l’enfant.
Pour rappeler un exemple bien connu, les vacances d’été, ce n’était pas pour le repos de l’enfant mais pour sa participation au travail des champs.
Puis au fur et à mesure que la connaissance de ce qui facilite les apprentissages a progressé, il s’est toujours agi d’un compromis entre l’intérêt de l’enfant – tel qu’on pouvait le connaître – et la demande sociale – telle qu’elle évoluait, le travail des parents, le week-end, le tourisme, la gestion technique de l’école -.
Comme la demande sociale et l’intérêt de l’enfant ne convergent pas nécessairement, il est indispensable que les 2 niveaux soient clairement distingués.
L’intérêt de l’enfant doit bien évidemment être privilégié car c’est la condition d’une réussite scolaire dont toute la société bénéficie.
Mais si la demande sociale devenue contrainte impose une mesure défavorable à l’enfant, cela doit être clair et explicite, ne serait ce que pour pouvoir en atténuer les effets négatifs.
Il m’a semblé nécessaire de faire ce préalable un peu long, car si nous n’avons pas ces éléments en tête, nous allons vers beaucoup de confusion,avec beaucoup de bons sentiments et de bonnes intentions non suivies d’effet.
D’autant plus que le décret de janvier polarise dans l’immédiat l’attention sur la seule organisation hebdomadaire.
Car il y a ce décret de janvier qui revient sur la semaine de 4 jours, ce qui est sur le fond une bonne chose.
Rappelons que cette mesure démagogique avait été imposée par Monsieur SARKOZY à la rentrée 2008, sans beaucoup de concertation me semble t il, et que ses effets calamiteux sont maintenant admis de tous.
Ensuite, il y a le choix du moment de son application.
La ville de Roubaix a estimé qu’elle était en mesure de démarrer à la rentrée 2013 dans de bonnes conditions.
A vrai dire, au bout du bout, le seul argument qui militait de façon décisive pour le report en 2014 était, justement, de ne pas être prêt en septembre 2013.
L’enjeu est donc que la ville soit capable de prendre les dispositions pour que cela se fasse dans de bonnes conditions, effectivement dans de bonnes conditions.
Et on comprendra aisément que tout est alors dans le dispositif qui, dans les quelques mois qui nous séparent de septembre, doit concerter et mettre en place cette nouvelle organisation.
Cette délibération ne nous rassure pas vraiment.
Peut être justifiée par l’urgence de solliciter une dérogation pour le mercredi matin, elle semble s’inscrire dans une logique de planning dont il faudra ensuite remplir les cases sans qu’apparaissent un projet pour le temps scolaire, un projet pour le temps périscolaire.
On m’objectera bien sur l’existence de Plan Educatif Global.
Je peine toujours à comprendre en quoi la lettre de ce texte et la réalité de la dynamique qui l’a fondé – la place des parents en particulier, les parents dans toute leur complexité et toute leur diversité – vont aider à faire face aux multiples problèmes concrets qui vont apparaître en cascade.
Cette délibération tranche le dilemme mercredi/samedi, elle contient des innovations comme un démarrage à 8 h 15 et une fin à 15 h 15 dont la pertinence si elle existe n’est pas évidente.
Elle ne répond pas, et pour cause, aux insatisfactions qui existent déjà à propos de l’organisation de la pause méridienne de 2 h, elle ne dit rien, et pour cause également, de ce qui va se passer après 15 h 15.
Les activités périscolaire ne sont pas, selon le décret, une obligation, elles sont néanmoins un droit et toute sélection pour quelque raison que ce soit et en particulier pour gestion de la pénurie, ne peut être acceptée.
Il serait contre productif que l’enfant soit livré à lui même après 15 h 15 et on imagine sans mal les inégalités que produirait une prise en charge par les seules familles.
Et ces activités n’ont de sens que si elles sont adaptées et de qualité, ce qui pose la question du projet, des acteurs, de l’encadrement et de sa formation.
Il y a donc des interrogations et des inquiétudes qui sont légitimes.
La ville a affirmé une ambition – réussir le passage aux nouveaux rythmes dés septembre 2013, elle s’est mise dans une situation d’urgence, elle en a pris la responsabilité, la question n’est plus maintenant de définir dans l’abstrait un mode de concertation idéal, la question est qu’un dispositif à la hauteur de l’ambition soit immédiatement opérationnel.
Nous avons besoin d’être rassurés et de connaître ce dispositif.
Les parents, les enseignants sur le terrain, les agents de la ville, les acteurs des quartiers ont besoin d’être écoutés et convaincus, il est urgent que vous preniez votre bâton de pèlerin.
Notre groupe ne veut ni faire de procès d’intention, ni faire de l’obstruction, il ne votera pas contre cette délibération
Il ne peut cependant cacher son inquiétude, il ne la votera pas et s’abstiendra.

Christian CARLIER